Comment fixer ses prix quand t’es seule à décider (le calcul que j’évitais de faire)
Je te préviens : cet article contient un calcul que tu vas peut-être avoir envie de ne pas faire. Je l’ai évité longtemps moi aussi, et le jour où je l’ai fait, j’ai compris pourquoi je l’évitais.
Fixer un prix quand t’es seule, c’est rarement un problème de mathématiques. Le calcul, tu pourrais le faire sur un coin de table. Ce qui bloque, c’est qu’y’a personne à qui montrer le résultat avant de l’annoncer.
Alors on regarde ce que les autres demandent, on choisit un chiffre qui a l’air raisonnable, et on espère.
Une IA à qui t’as donné tes vrais chiffres, ça règle une partie de ce problème-là. Pas en décidant à ta place. En te montrant ce que ta décision implique, avant que tu la prennes.
D’abord, les chiffres que ça prend
Bonne nouvelle : t’as pas besoin d’une comptabilité impeccable. T’as besoin de quatre affaires, et des approximations honnêtes font très bien la job pour commencer.
- Ce que ça te coûte à produire ou à livrer. Matériel, sous-traitance, frais de plateforme, emballage, transaction.
- Ce que ça te prend de temps. Tout le temps, pas juste la partie visible. La cueillette d’information, les échanges de courriels, les retouches, l’expédition.
- Tes frais fixes du mois. Abonnements, hébergement, assurances, local, comptable.
- Ce que tu veux sortir par mois. Un vrai chiffre, celui qui te permet de vivre, pas un chiffre poli.
Le deuxième est celui qu’on sous-estime le plus. Une séance photo de deux heures, c’est deux heures sur place, quatre heures de tri et de retouche, une heure d’échanges avant, et 45 minutes de livraison des fichiers. Le prix à l’heure change beaucoup quand on écrit les huit heures au lieu des deux.
Le calcul que j’évitais
Ton taux horaire réel. Prends ce que t’as encaissé le mois dernier, enlève tes coûts, et divise par le nombre d’heures que t’as vraiment travaillées.
Le chiffre qui sort est presque toujours plus bas que celui qu’on a en tête. Ça pince un peu.
Et c’est le chiffre le plus utile de ton année, parce que c’est le seul qui te dit à quel prix la conversation commence. Sans lui, tu discutes de tes prix avec ton impression. Avec lui, tu discutes avec ta réalité.
Comment poser la question pour recevoir autre chose que du vent
« Combien je devrais charger? » ne donne rien d’utile. La réponse sera une fourchette moyenne pour un secteur moyen, et ta réalité n’est pas moyenne.
Ce qui marche, c’est de fournir les quatre chiffres, puis de demander les conditions plutôt que le verdict :
Voici mes coûts, mon temps réel par commande, mes frais fixes et ce que je veux sortir par mois. Je pense monter mon forfait de 250 $ à 320 $. Montre-moi ce que ça change sur mon mois, combien de ventes il me faudrait pour rester au même revenu si j'en perds, et à partir de quel taux de refus la hausse devient perdante.
Ce que tu récupères, c’est pas une opinion sur ton prix. C’est le seuil à partir duquel ta décision arrête de tenir. Ça, tu peux le vérifier dans le vrai monde en trois semaines.
Quatre décisions qui se testent de la même façon
La mécanique est identique : tes chiffres, la décision envisagée, et la question des conditions.
- Une hausse de prix. Combien de clientes tu peux perdre avant que ce soit une mauvaise affaire.
- Un rabais ou une promotion. Un 20 % de rabais mange souvent plus que 20 % de ta marge. Le voir écrit change ce qu’on annonce.
- Une nouvelle offre. Combien de ventes il faut pour couvrir ce que ça t’a coûté de la monter, et en combien de mois.
- Déléguer une tâche. Compare ce que ça coûte à l’heure avec ton taux horaire réel. C’est là que le premier calcul te sert une deuxième fois.
Pour la livraison gratuite, même logique. J’avais besoin de savoir à partir de quel montant une commande restait payante une fois le transport absorbé. J’ai décrit mon calcul avec mes vrais coûts et je me suis retrouvée avec une petite page où je bouge un curseur et où le seuil se replace tout seul. Ça m’a pris une soirée et je m’en sers encore.
Ce qu’une IA ne peut pas faire à ta place, ici
Faut que je sois franche sur la limite, parce qu’elle est importante.
Elle ne sait pas ce que ta clientèle est prête à payer. Elle ne sait pas que la dame de la boutique du coin achète chaque mois depuis deux ans. Elle ne sait pas que le forfait à 320 $ te demanderait un samedi par mois que tu ne veux pas donner.
Elle calcule et elle éclaire. Le prix, c’est toi qui le fixes, avec ce que tu sais de ta vie et de ton monde.
Vérifie aussi ses chiffres. Une IA peut se tromper avec beaucoup d’assurance : redemande-lui le détail du calcul et refais-en un ou deux à la main. Deux minutes bien placées.
Et les mots de tes clientes, dans tout ça
Les chiffres te disent où est ton plancher. Ils ne te disent pas ce que ton offre vaut aux yeux de celle qui l’achète.
Ça, ça se trouve dans tes échanges de courriels, tes commentaires, tes avis, tes questions récurrentes. Dépose-les et demande quels mots reviennent quand tes clientes parlent de ce que ça leur a apporté. C’est du matériel gratuit que t’as déjà, et c’est celui qui justifie un prix mieux que n’importe quel argument que t’inventerais.
Si tu fais juste une chose cette semaine
Calcule ton taux horaire réel du mois dernier. Un seul mois, une seule division.
Peu importe le chiffre qui sort, tu vas prendre tes trois prochaines décisions de prix autrement. T’arrêtes de deviner, c’est tout.
P.S. J’ai monté deux outils gratuits qui font ces calculs-là sans que t’aies rien à installer : un calculateur de forfait, qui part de ton temps réel et de tes coûts pour te donner un prix qui tient, et, si tu fais des marchés d’artisans, une jauge à marché, qui te dit à partir de combien de ventes tu rentres dans tes frais.
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